Un peu d'histoire

Les Guerres de religions

Quand la petite histoire rejoint la grande


Voici, retrouvé dans les archives de la société archéologique de Sens, un moment historique au cours duquel notre village fut dramatiquement touché.

François 1erDans la seconde moitié du 16ème siècle, notre pays est en proie à de violentes guerres de religions. En effet, deux religions cohabitent: le protestantisme et le catholicisme. Un point de départ de cette lutte fratricide est l'affaire des placards en 1534 sous le règne de François 1er (des affiches contre la messe placardées sur la porte de la chambre du Roi), ce qui lancera les Rois dans une "lutte contre l'hérésie". En 1562, le conflit devient militaire (massacre des protestants à Sens, le 12 avril 1562) et, jusqu'en 1598, huit guerres déchirent le pays: ce sont les guerres de Religion. Elles opposent les catholiques aux protestants, appelés les huguenots. Cette violence culmine avec le massacre de la Saint-Barthélémy: dans la nuit du 23 au 24 août 1572, la Reine Catherine de MÉDICIS fait assassiner plus de 3000 protestants à Paris.

Le conflit religieux dégénère en "Guerre Civile" et le Roi Henri III est assassiné en 1589. Son successeur, Henri de NAVARRE (qui est protestant depuis 1559 et après avoir changé plusieurs fois de religion) se convertit "définitivement" au catholicisme en 1593 pour ramener la paix (d'où sa célèbre phrase : "Paris vaut bien une messe."). Il se fait sacrer roi à Chartres le 27 février 1594 sous le nom d'Henri IV.

guerre de religion

Malheureusement, des catholiques fanatiques (La Ligue) comme le duc de Mayenne, les frères de Guise et les Espagnols ne sont guère convaincus de sa conversion et poursuivent la guerre civile jusqu'en 1598 (8ème et dernière guerre de religion).

C’est en 1595 que notre région fut stigmatisée par ce conflit religieux. Le jour de Pâques, des régiments prennent d’assaut, pendant l’office religieux, la ville de Thorigny. Les dites troupes poursuivent leur chemin, Molinons, Foissy-sur-Vanne, Coulours, Vaudeurs, les Sièges… subissent le même sort ; ruines et désolation se répandent dans le plat pays environnant.

Mais plus grande ruine est arrivée à la ville de Chigy, prise d’assaut par les troupes catholiques et royalistes du Maréchal Charles de GONTAULT de BIRON. Selon Odot MARTIN, marchand bourgeois honorable de Sens : « l’armée du roy conduite par le sieur duc Maréchal de BIRON, tant en allant en Bourgogne qu’au retour, pilla et ravagea tout le pays de ce diocèse » et donna encore plus de malheur et de souffrances que « le peuple ne pensait avoir reçu des années précédentes pourtant déjà bien éprouvantes ». Mais plusieurs petites villes, dont Chigy, avaient échappé à ces pillages.

En effet, quelques décennies auparavant, après la défaite de François Ier à Pavie en 1524, les soldats sont désœuvrés, ne sont plus payés et maltraitent le peuple. Les habitants de Chigy décident donc de fortifier leur ville, ce qui est accepté en 1537 et dès 1543, les murs sont déjà en place (peut-être 4 – 5 mètres de haut, faits avec des blocs de craie ou avec des piquets de bois ?). A cette époque, Chigy  est en plaine phase de repeuplement et à la veille de cette fameuse année 1595, le village compte 7 hameaux.

Mais au printemps 1595, Chigy, malgré sa fortification, fut prise de force par l’armée du Maréchal de BIRON. Selon le témoignage de Maître Michel CUILLEROT, procureur ecclésiastique de Sens en 1601,au retour de cette armée du pays de Bourgogne, cela fut pire encore qui ne leur ont pas permis d’entrer en allant, ou qui ouvraient avec « difficultés » leurs portes, « les troupes y exercèrent toutes leurs cruautés ».

Dans notre village, les ecclésiastiques et paysans sont spoliés de tous leurs biens. L’église est mise à sac, en partie découverte ; les cloches sont dépendues et emmenées à Paris. L’armée pille les linges, les croix, calices, chapes, chasubles et autres ornements. Les textes de l’époque rapportent que « bref qu’il se peult dire actes d’hostilité qui n’ayt esté exercée au dit Chigy et par conséquent le pays d’alentour s’en est bien fort ressenti ; car outre ce que les paysans avoient perdu et ont esté spolier de ce qui leur restaient en leurs maisons.» (selon la déposition de Me Baptiste ROUSSELET, licencié es lois et avocat au baillage de Sens). Les hommes sont massacrés, les femmes violées, on dénombre environ quatre-vingt habitants tués sur la place du village dans ce triste épisode d’avril – mai 1595, si bien que aujourd’hui ladite ville a plus la forme de désert que de ville » (témoignage de M. Christolle FROMENT, conseiller du roi). Les autres habitants blessés furent pris en otage contre rançon, notamment la curé du village, Estienne BOYDELET, qui, contre une rançon de « six vinglz éscuz sol » fut libéré et revint en sa paroisse un mois plus tard. Ne voyant que ruines, désolation et la population dans un état de dénuement extrême, il mourut de déplaisir en constatant le désastre. M. Baptiste  MINÄGIER, écuyer du sieur GUMERY, dans sa déclaration du 12 décembre 1601, rapporte que les cloches de Chigy, transportées à Paris en 1595, « y sont toujours » et que « la ville de Chigy ne mérite plus le nom de ville ou de bourgade pour n’y avoir à présent que dix-sept ou dix-huit feux » !

Pour mieux saisir l’étendue des dégâts, Me Mathieu DISSIER, avocat au baillage de Sens, dans sa déclaration du 13 décembre 1601, témoigne que « une partie des habitants ayant esté tuer et massacrer, une autre partie se voyant destituer de tous leurs biens et moyens, et ayant vu violer leurs femmes en leur présence, sont morts de faim et de déplaisir, […] et remarque qu’en ville de Chigy, il n’est resté que dix-sept ou dix-huit feux au lieu de quatre à cinq cents qui y estoient auparavant la prise de ladite année quatre-vingt quinze ». Cet épisode malheureux à entraîné la disparition des hameaux de Chigy (sauf un : celui des Clérimois [ le hameau de la Grenouillère n’existait encore pas]) et la disparition du seul hôtelier de Chigy.

bastillePour remercier le Maréchal de BIRON de ses « bons et loyaux services », le roi Henri IV (qui était aussi son parrain !) le nomme gouverneur de Bourgogne en 1598 ! Mais d’une ambition démesurée et d’une parfaite ingratitude, Charles de BIRON conspire contre le roi, avec l’Espagne et la Savoie. Son complot démasqué, le maréchal est arrêté au mois de juin 1602 et est décapité dans la cour de la Bastille,  le 31 juillet 1602.

Enfin, après la soumission des derniers ligueurs, et notamment du Duc de Mayenne, l’Edit de Nantes peut enfin être signé le 13 avril 1598 réalisant la pacification religieuse du royaume de France, accordant des privilèges aux protestants et mettant ainsi un terme aux huit guerres de religion (1562 – 1598). Cet Edit ouvre une période pacifique et prospère, où les villes et villages peuvent panser leurs plaies, sous l’administration du Roi Henri IV et de Sully, son surintendant. Période calme jusqu’en 1610Henri IV est assassiné le 14 mai 1610 par RAVAILLAC, un fanatique catholique… Commence alors le règne de Louis XIII, sous la Régence de Marie de MÉDICIS où se réveillent les vieilles querelles et où les deux religions espèrent pouvoir accentuer leurs pouvoirs… Mais là, c’est une autre histoire…

Luc MAUDET et Florence VINCENT

 

Il y a deux cent ans CHIGY


Pour consulter l'histoire de Chigy, il y a deux cent ans, n'hésitez pas à consulter le site de l'A.P.V.V. (les Amis du Patrimoine de la Vallée de la Vanne). Cliquez-ici.

 

1894, déluge à Chigy

 

Fin XIXè – certainement en 1894 – en période de moisson, un gros orage transforme le paisible ru des Sièges en torrent furieux.

Les habitants de la Commune n’ont jamais vu les éléments se déchaîner ainsi, et ne sont pas armés pour parer à l’essentiel.

L’eau emportant tout sur son passage, branchages, gerbes de céréales, etc… font barrage sous « le Pont de la Porte d’en Haut » (Route de Vareilles).

Le débit est vite réduit et le trop plein se partage entre : - D’une part, le ferme du n°1 Chemin de Ronde, où il s’engouffre dans la cour, celle-ci étant en contrebas et sans issue, le niveau monte rapidement dans la bergerie, noyant une partie du troupeau, puis gagne les bâtiments agricoles et l’habitation.

D’autre part, la Grande Rue devient le déversoir. La déclivité active le courant, flot et décris frappent avec force le pignon de l’Auberge (Bar du Moulin). L’on imagine les inquiétudes des propriétaires et des voisins.

Le déluge poursuit sa course folle jusqu’à la rue des vieilles Chènevières, pour enfin, retrouver le lit du rû des Sièges, proche de son confluent avec le canal. Mais ces derniers ont également grossi et la pluie est toujours démentielle. Le volume d’eau ne s’évacue pas ou peu et tout le long de ce trajet inhabituel, cours ou jardins et habitations, selon leur niveau, sont plus ou moins inondés.

Le plus grand mal se situe entre l’ex-boulangerie et le n° 10. La rue des Vieilles Chènevières n’est pas épargnée.

C’est à ce moment que les fermiers du 4 Grande Rue, reviennent du marché de Sens. Arrivés sur les ponts _ Vanne et Canal _ ils sont stupéfaits devant la métamorphose de leur quartier !

Le cheval avance dans l’eau, mouillé jusqu’au poitrail. Lorsqu’ils ouvrent leur portail, ils découvrent leur fils, sept ans, grimpé sur une échelle, sans doute fier d’avoir su trouver un refuge, mais transi et hurlant « Sauce qui peut » !

Cela résume combien cette génération avait été marquée par ces évènements qui nous ont été retracés maintes et maintes fois.

Curieusement le village des Sièges ne semble pas avoir été victime de cette crue. Suite à une inondation, en mai 1895, le conseil municipal ouvre une séance pour délibérer.

Jacqueline et Geneviève


19 Mars 1945

 

Le 19 mars 1945, plusieurs agriculteurs ont été les témoins de l’atterrissage forcé d’une FORTERESSE VOLANTE B17.6 dans les champs au Sud de Chigy.



2002, Baby-boom à Chigy

            

L’année 2002 avait bien commencé avec la naissance d'un peti garçon, le 17 Avril. On nous annonçait, ou des jumeaux ou des jumelles, fils de Jérôme, conseiller municipal et Florence, secrétaire de mairie, ils sont nés, comme par hasard, pendant le Conseil Municipal du 29 Novembre. Cinq autres naissances vont bientôt suivre. Voilà longtemps que Chigy n’avait connu pareille série d’heureux évènements. Et pour continuer, plusieurs jeunes envisagent de construire au pays et de fonder une famille. Du coup, la population qui a déjà augmenté d’une trentaine de personnes va encore progresser sensiblement. L’école, avec la très positive contribution de Foissy, voit également ses effectifs s’accroître : 20 élèves à la fin Décembre.

 

Le vieux saule (en 2005)

SI le vieux saule pouvait parler, il vous dirait:


Il y a très longtemps, j'ai pris racine entre le jardin de Monique et Maurice et le ru des Sièges.Personne ne connaît ma date de naissance, mais je peux certifier que j'ai connu, au moins, les huit dernières générations.

Le regard admiratif des promeneurs me flatte. Je suis très grand et vois de haut les toitures voisines. Mon tour de taille approche trois mètres quarante : quant à mon tour de tête, il dépasse certainement cinq mètres.

Mon cœur, comme celui de beaucoup de salicacées, s’ouvre largement à mes amis. Autrefois, j’ai noué une entente secrète avec les amoureux, qui me confiaient leurs lettres. Les jeux d’enfants m’enchantaient. J’appartenais au premier occupant : ou les fillettes y installaient dînettes et poupées, ou je devenais tour de guet pour les garçonnets qui y attendaient l’ennemi avec leur fronde.

Mais ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir été, durant l’occupation, le refuge d’un jeune homme du village réfractaire au Service du Travail Obligatoire (de septembre 1942 à la libération en 1944). A chaque fois que des Allemands entraient dans Chigy, il y avait un complice pour l’avertir. Je le voyais alors venir en courant pour se cacher chez moi. Je me souviens avoir tremblé avec lui le jour où il entendait à travers mon écorce le bruit des armes et les éclats de voix des soldats qui, sur l’autre rive du Ru, arrêtaient un maquisard en permission et son hôte J. JEANDOT.

On m’a bien négligé ces dernières années ! Le gui m’envahit et m’épuise. Cependant, depuis quelques semaines, mon moral est meilleur : je me suis laissé dire que mes amis et la municipalité formaient le projet de m’étêter pour me donner une nouvelle vigueur.

 Je souhaite pourvoir les remercier au printemps prochain en répondant à leur espoir.

 Jacqueline SIMONNET


 

Les traces du passé

 

Les travaux d’assainissement n’ont pas révélé grand-chose du passé de Chigy si ce n’est que couche après couche de remblai, les rues se sont élevées par rapport au sol primitif. C’est surtout le rue du Moulin qui a montré des restes intéressants. En face du logement de l’Eau de Paris, près de l’Usine, des morceaux de bois noircis par un long séjour en milieu humide, à 1 mètre 30 de profondeur environ, indiquaient l’emplacement d’un ancien passage permettant d’accéder au moulin primitif.

Au coin de la rue du Moulin et de la Grande Rue, face à l’autre logement de l’Eau de Paris, des pièces de bois plus importantes et dans le même état devaient correspondre à l’entrée d’un abreuvoir qui avait remplacé l’ancienne levée déplacée lors de la construction du grand pont actuel (après 1835). En 1789, les cahiers de doléance se plaignaient de la difficulté de traverser la rivière ! il reste des pierres dans le fond de la rivière en face du terrain MARIUS donc en amont du grand pont actuel. Le petit pont n’existait pas car il a été construit vers 1870 par la Ville de Paris pour faciliter l’écoulement à l’aval de l’usine. Quant à la rue du Moulin, elle était beaucoup moins large dans cette section et sûrement beaucoup plus près du niveau de l’eau à l’aval de l’usine.