Le lavoir et l'abreuvoir à moutons

 

 

En 1868, la ville de Paris avait décidé de s’installer à Chigy pour pomper l’eau des sources du Maroy et des Grandes Patûres et l’envoyer par conduite gravitaire vers Paris. Mais elle avait besoin de terrains communaux pour établir ses ouvrages.

            A titre d’indemnité la commune de Chigy réclame dès 1868 puis en 1876 la construction d’un abreuvoir, d’un lavoir à linge couvert pour 40 personnes, d’une passerelle pour y accéder et d’un nouveau lavoir à mouton.

            La ville de Paris a finalement accepté différents travaux à la commune de Chigy pour une somme de 12 000 Frs (28  décembre 1876). Le 9 mai 1878 soit 10 ans après les premières demandes, les ouvrages sont livrés à la commune.

            Les lavoirs sont construits sur une digue artificielle créée au milieu de la rivière très large à cet endroit. Un courant d’eau alimente successivement le bassin du lavoir à linge puis le lavoir à mouton. Un fourneau permet de faire bouillir la lessive. De l’autre coté de la verrière, un WC à la turque occupe un petit cabanon en brique.

            Contrairement aux premiers plans, pour éviter la rouille, les barres d’égouttage du linge au pourtour du lavoir sont en chêne et non pas en fer.

            Le lavoir à moutons était sans doute très prisé dans la région puisque les éleveurs d’autres communes venaient y laver leurs bêtes à laine. On institua, pour eux, une taxe de 2 Frs pour 100 animaux.

            Pour maintenir la propreté des deux lavoirs et  l’ordre public (40 lavandières vous imaginez !) il est institué, dès 1878, un poste de surveillante des lavoirs au traitement de 40 Frs par an (le secrétaire de mairie de l’époque  recevait alors 70 frs par an).

 

Fonctionnement :

Le lavoir à linge consiste en un grand bassin rectangulaire bordé par une margelle en pente qui permettait aux lavandières, derrière leur protège genoux, de battre le linge et de le rincer. Elles pouvaient le laisser égoutter ensuite sur les barres courant tout autour du bâtiment. Enfin, elles pouvaient aussi faire bouillir leur lessive sur un fourneau de briques.

 

Il n’existe ni dans les mémoires, ni dans les écrits, aucune explication sur le mode d’utilisation du lavoir à moutons. Avec un soupçon d’internet et d’imagination, on peut supposer que les animaux étaient introduits par une rampe assez large, située à l’ouest et qu’ils étaient ressortis par la rampe plus étroite, située à côté du lavoir à linge. Et c’est là que se pose une question. Pourquoi une marche de 40 cm entre le fond du bassin et la rampe ?

D’après diverses cartes postales diffusées sur le web, les éleveurs rentraient dans le bassin (80 à 90 cm d’eau) et frottaient leurs animaux avant de les monter à bras et les poser sur ladite marche et les faire sortir.

 

Travaux :

   au lavoir à linge

Il s’est agi de réparer les conséquences du temps et de certains actes de vandalisme et de le protéger contre de nouvelles atteintes. En toiture, remplacement d’une verrière abîmée et d’une onduline par deux verrières neuves qui donnent une excellente clarté à l’intérieur. (On parle d’y réaliser des expositions d’arts plastiques). En pignon, remplacement d’une très belle verrière usée par le temps par une nouvelle dotée de carreaux incassables. La porte d’entrée anciennement en bois a été avantageusement remplacée par une double grille (dans le style de la balustrade de la passerelle) qui, à la fois, protège le site et permet aux visiteurs pressés de découvrir l’intérieur du bâtiment.

Enfin, des applications de peinture ont permis de masquer des tags défigurant les murs intérieurs du bâtiment. La charpente, les ferronneries et les barres d’égouttage du linge ont été repeintes et ainsi protégées.

Aujourd’hui, il reste à reconstituer le foyer de chauffage de la lessive et il sera nécessaire, un jour, de changer une partie des tuiles mécaniques qui sous l’effet du gel sont devenus perméables.

 

   au lavoir à moutons

Le chantier était beaucoup plus mystérieux …On ne disposait que de plans et de quelques indices matériels : les restes d’un petit vannage et un mur latéral au lavoir à linge.

Le bassin avait été abandonné puis comblé par des décennies d’apports de terre et de matériaux. La première opération a donc consisté à sortir tous ces matériaux du bassin (30 m³ environ). Mais la surprise a été plutôt agréable : les restes de mur étaient bien là et permettaient de reconstituer la configuration originale.

Ce fut donc le travail du maçon. Les blocs de pierre trouvés dans les déblais furent réutilisés pour remonter les murs. Paradoxalement, l’opération la plus délicate fut l’évacuation des terres. Par un système de tapis successifs posés sur la passerelle, les terres furent chargées dans une benne agricole et évacuées sans qu’aucun risque n’ait été pris pour la passerelle et l’environnement aquatique.

 

Un lavoir à linge que jouxtait un lavoir à moutons, un abreuvoir, un pont sur le bief aval de l'usine complètent cet aménagement.

Un pays d'eau et de verdure. A Chigy, les eaux courent partout : rû des Sièges, rû du Maroy, rû des prés de la Chaussée.

Les bords de la Vanne sont le rendez-vous des pêcheurs et des promeneurs.